ARTIGA PATRIMOINE
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Sortie dans les Landes à la découverte de 2 églises du 11ème siècle dans le Bas Armagnac landais qui ont connu beaucoup d'aléas et de transformation.
Escalans


EGLISE D'ESCALANS
Première mention de cette église en 1088 : don de cette église au prieuré St Luperc d’Eauze lorsque celui-ci passe dans la mouvance de Cluny. Réapparaît en 1230 en tant qu’église donnée par l’archevêque d’Auch à la puissante abbaye de la Sauve-Majeure (dans l’entre-deux mers), puis placée sous la protection immédiate du prieuré de Gabarret plus proche qui dépendait aussi de la Sauve Majeure. Jusqu’à la Révolution, église placée sous une double dépendance, de la Sauve Majeure qui continue de nommer son abbé jusqu’à la Révolution, de l’archevêque d’Auch auquel elle verse la dîme jusqu’à la Révolution. Inspection faite par un représentant de l’évêque en 1546 qui nous renseigne sur l’état de l’église et les travaux de restauration effectués et à effectuer.
Plan d’origine roman très simple : nef unique couverte d’un plafond suivie d’un chœur voûté (présence de contreforts à l’extérieur) formé d’une abside et de 2 absidioles. Destruction de l’absidiole nord remplacée au 16ème siècle par une chapelle rectangulaire recouverte d’un lambris. Puis construction du presbytère au 18ème-19ème siècle, presbytère qui maintenant cache tout le côté nord de l’église.
Bras de transept sud et nef endommagés au 14ème siècle (guerre de 100 ans) – reconstruction et renforcement du mur ouest du bras sud (grande arcade brisée) et construction d’une tourelle à la jonction du bras et de la nef, tourelle donnant accès à une pièce forte au 1er étage, reconstruction du haut du mur sud de la nef (fenêtres à arc trilobé).
Au 16ème siècle, reconstruction du massif ouest - construction de la tourelle actuelle menant à l’extrémité ouest de la pièce forte. Pièce forte prolongée à l’ouest par une espèce de balcon fortifié avec meurtrières. Au 16ème également, porte sud (qui était la porte d’entrée à l’église) murée etv remplacée par le portail ouest actuel.
A l’intérieur restauration des bras du transept voûtés d’ogives à 4 clefs.
L’abside romane est la partie la plus décorée. 2 bandeaux déterminent un double registre, registre supérieur assez simple – 3 fenêtres qui s’inscrivent dans des arcades nues
décor concentré sur le registre inférieur dans lequel 9 arcades reposent alternativement sur des colonnettes et des chapiteaux – tailloirs retaillés ou reconstitués mais corbeilles d’origine : 5 de type corinthien, 5 autres historiés (lions ailés se mordant l’aile sur le 1ère corbeille à droite, chapiteaux du fond : sirènes-poissons, aigles aux ailes déployées, Daniel dans la fosse aux lions, oiseaux perchés dans des pampres de vignes qui picorent des grappes)
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Lagrange




Lagrange
La paroisse sur laquelle se trouve cette église se nommait à l’origine Saint Pierre de Juliac et faisait partie des possessions du vicomte de Gabarret. Il semblerait que la partie la plus ancienne de cette église (le chœur) date de la fin du 11ème siècle (1092) car, à ce moment-là, le vicomte Pierre 1er de Gabarret donne à l’abbaye de la Sauve-Majeure les revenus de cette église St Pierre de Juliac.
Cette église passe en 1227 aux mains des Prémontrés du monastère de St Jean de la Castelle (près d’Aire sur Adour) dont dépendaient également le prieuré de Lagrange à Durance que nous avons visité il y a quelques années et le prieuré de La Grangerie à Lannes que certains d’entre vous connaissent peut-être. Autant que le monastère de St Jean de la Castelle était très important et très riche. Les prémontrés fondent ici un prieuré vers 1230 dont les bâtiments se trouvaient au côté sud de l’église. Ce prieuré avait plusieurs métairies et les moines vont veiller à mettre en valeur les terres leur appartenant qui prennent le nom de granges, ce qui explique que les moines soient aussi appelés grangiers ou grangers. Et le prieuré va prendre le nom de ‘La Grange de St Pierre de Juliac’. Au 16ème siècle, une population de plus en plus nombreuse, attirée par la perspective de trouver du travail sur ces granges s’installe à côté des domaines du monastère et fonde le village qui prend alors le nom de Lagrange. A la Révolution, il ne restait plus que 3 grangiers ; le prieuré est vendu comme bien national en 1792 et va passer aux mains de plusieurs familles avant d’être complètement détruit en 1922, contre l’avis du conseil municipal.
Sur le côté nord de l’église, nous trouvons 2 petits corps de bâtiments adossés au flanc nord de l’église, qui ont été mis là au début du 19ème siècle. Le premier, de forme allongée servait autrefois d’école et semble toujours servir de mairie (ou tout au moins de bâtiment communal), le 2nd, carré, est la sacristie. Arrivés au chevet plat de l’église, chevet qui date de l’origine de la construction, nous trouvons au milieu du mur un avant corps qui a été inséré là au-début du 12ème siècle. Cet avant corps est percé d’une grande fenêtre entourée d’un codon de billettes. Nous notons également les contreforts ajoutés à ce moment-là pour permettre le voûtement du chœur et alors que nous poursuivons notre tour de l’église par le sud, nous notons les modillons dont la sculpture est caractéristique du 12ème. Depuis le côté sud, nous avons une très belle vue de la puissante tour-clocher gothique, avec son toit en deux parties caractéristique des clochers de ce coin des Landes. Elle a été construite au moment de la Guerre de 100 Ans (14ème siècle) dans le but de fortifier l’église. Sur le flanc sud du clocher, nous trouvons une tourelle d’escalier circulaire.
La porté d’entrée (du 17ème siècle) s’ouvre sur le mur ouest et nous fait accéder à une espèce de sas toujours du 17ème qui mène à un narthex gothique couvert d’une croisée d’ogives et au portail roman d’origine. Les chapiteaux de ce portail sont un peu abimés, mais on peut y reconnaître des lions à longues pattes que l’on retrouve dans d’autres églises de la région et qui seraient d’inspiration espagnole.
Tout la décoration du chœur date du 12ème et est d’une grande qualité. Les chapiteaux de la superbe fenêtre axiale entourée de 2 voussures reprennent de nombreux éléments décoratifs caractéristiques de cette époque (lions souriants, feuillages, oiseaux perchés). A l’arc d’entrée, nous voyons d’un côté des têtes de lions (?) qui jaillissent de tiges entrelacées, tandis qu’en face 2 monstres, placés entre 2 hommes et 1 âne dressé sur ses pattes postérieures, dévorent des êtres humains par le milieu du corps.
Dans la nef contre le mur sud se trouve un curieux élément dont la signification n’est pas claire. (S’agirait-il d’une ancienne porte à demi-murée menant au prieuré ?) Au-dessous d’un arc entourant un tympan portant un chrisme gravé, on peut voir un linteau orné de boules, des piédroits et un socle entourant une ouverture rectangulaire.